Avais-je alors suffisamment de métier pour deviner ces certitudes au moment où je commençais mon habituelle enquête de voisinage ? Je ne peux le dire attendu que malgré tout ce que j'assène avec
conviction, finalement, je ne suis guère sûr que de mes doutes.
Armé d'un certain fatalisme, je me faisais à l'époque la remarque que, si ma carrière ne décollait pas, je pourrais me reconvertir dans le démarchage de produits congelés, d'aspirateur, de bougies parfumées ou de portes blindées. En l'état de l'enquête, plusieurs suspects étaient en lice et j'avais jeté mon dévolu sur le plus improbable, le seul sans casier judiciaire. Bon, pour être tout à fait honnête, il m'avait été confié, comme on jette un os dépourvu du moindre morceau de viande à un chien, la plus insignifiante des missions. Il faut reconnaître que de mes supérieurs comme de mes collègues, j'étais sans doute le moins aimé de l'équipe et ne faisais aucun effort pour tenter d'améliorer la situation. Je n'apportais pas de croissants le matin, je n'arborais que très rarement un sourire avenant, pire, je n'aimais ni le foot, ni les voitures, ni le bricolage ce qui ne m'aidait pas à m'insérer dans les conversations de la machine à café.
J'ai le neurone de la sociabilité défaillant. Ou est-ce celui de l'hypocrisie ? Quoi qu'il en soit, sans être ni méchant, ni arrogant, ni franchement énervant, je suis celui dont on se méfie "parce qu'il n'est pas comme nous". Il me revient à l'esprit une chanson de Charlélie Couture qui dit que "les étrangers qu'on préfère, c'est les étrangers de couleur, parce qu'on les repère de loin". Comme vous ne pouvez pas m'éviter, vous allez m'approcher. Et si vous confondez profondeur et proximité, une chose est sûre, je vais vous décevoir. Pourtant, je suis l'exacte définition du français selon le Teuton Hermann von Keyserling, un "introverti émotionnel". Bien joué pour un allemand, non ?
Dans un curieux télescopage, les deux affaires, celle actuel du blogueur et celle ancienne du tueur, me semblent communes, deux chemins aux paysages identiques parcourus par des véhicules dissemblables. Le sentiment ejusdem farinae, qui habite le voisin voulant paraître et l'écriveur web souhaitant voir ses mots paraître, se cachant sous le même masque et s'habillant des mêmes apparats d'apparence, m'apparaît avec force évidence. Juste pas les mêmes raisons. L'un veut cacher ses douloureux penchants pendant que l'autre cherche à être aimé et apprécié. Ou peut-être est-ce le contraire ?
Le voisin redoute qu'on s'insinue en son for intérieur, en son âme profonde, en son tréfonds en embargo, il ne souhaite pas que l'on piétine son paillasson, qu'on s'assoit sur les housses de son canapé, qu'on se serve dans son réfrigérateur pour en diminuer la pitance si durement essartée. Il ne voudrait pas être obligé d'agir sans laisser la sève monter doucement. Le blogueur, lui, laisse la porte-blindée entre-ouverte, invite à découvrir son hinterland inondé par de faibles bougies aux parfums indéfinissables dont le seul rôle est de jeter plus d'ombres que de lumières. Il vous laisse visiter chaque pièce sans toutefois vous laisser le temps de découvrir ce qui craque si désagréablement sous chacun de vos pas. Il vous laisse fouiller dans son frigo mais la lumière ne s'allume que quand la porte est fermée.
Depuis cette prise de conscience, mes idées s'obscurcissent dans une évidente clarté. J'ai du mal à séparer les deux affaires. Je sais juste que l'une est entendue et que l'autre me trouble les sens.
A suivre…
Armé d'un certain fatalisme, je me faisais à l'époque la remarque que, si ma carrière ne décollait pas, je pourrais me reconvertir dans le démarchage de produits congelés, d'aspirateur, de bougies parfumées ou de portes blindées. En l'état de l'enquête, plusieurs suspects étaient en lice et j'avais jeté mon dévolu sur le plus improbable, le seul sans casier judiciaire. Bon, pour être tout à fait honnête, il m'avait été confié, comme on jette un os dépourvu du moindre morceau de viande à un chien, la plus insignifiante des missions. Il faut reconnaître que de mes supérieurs comme de mes collègues, j'étais sans doute le moins aimé de l'équipe et ne faisais aucun effort pour tenter d'améliorer la situation. Je n'apportais pas de croissants le matin, je n'arborais que très rarement un sourire avenant, pire, je n'aimais ni le foot, ni les voitures, ni le bricolage ce qui ne m'aidait pas à m'insérer dans les conversations de la machine à café.
J'ai le neurone de la sociabilité défaillant. Ou est-ce celui de l'hypocrisie ? Quoi qu'il en soit, sans être ni méchant, ni arrogant, ni franchement énervant, je suis celui dont on se méfie "parce qu'il n'est pas comme nous". Il me revient à l'esprit une chanson de Charlélie Couture qui dit que "les étrangers qu'on préfère, c'est les étrangers de couleur, parce qu'on les repère de loin". Comme vous ne pouvez pas m'éviter, vous allez m'approcher. Et si vous confondez profondeur et proximité, une chose est sûre, je vais vous décevoir. Pourtant, je suis l'exacte définition du français selon le Teuton Hermann von Keyserling, un "introverti émotionnel". Bien joué pour un allemand, non ?
Dans un curieux télescopage, les deux affaires, celle actuel du blogueur et celle ancienne du tueur, me semblent communes, deux chemins aux paysages identiques parcourus par des véhicules dissemblables. Le sentiment ejusdem farinae, qui habite le voisin voulant paraître et l'écriveur web souhaitant voir ses mots paraître, se cachant sous le même masque et s'habillant des mêmes apparats d'apparence, m'apparaît avec force évidence. Juste pas les mêmes raisons. L'un veut cacher ses douloureux penchants pendant que l'autre cherche à être aimé et apprécié. Ou peut-être est-ce le contraire ?
Le voisin redoute qu'on s'insinue en son for intérieur, en son âme profonde, en son tréfonds en embargo, il ne souhaite pas que l'on piétine son paillasson, qu'on s'assoit sur les housses de son canapé, qu'on se serve dans son réfrigérateur pour en diminuer la pitance si durement essartée. Il ne voudrait pas être obligé d'agir sans laisser la sève monter doucement. Le blogueur, lui, laisse la porte-blindée entre-ouverte, invite à découvrir son hinterland inondé par de faibles bougies aux parfums indéfinissables dont le seul rôle est de jeter plus d'ombres que de lumières. Il vous laisse visiter chaque pièce sans toutefois vous laisser le temps de découvrir ce qui craque si désagréablement sous chacun de vos pas. Il vous laisse fouiller dans son frigo mais la lumière ne s'allume que quand la porte est fermée.
Depuis cette prise de conscience, mes idées s'obscurcissent dans une évidente clarté. J'ai du mal à séparer les deux affaires. Je sais juste que l'une est entendue et que l'autre me trouble les sens.
A suivre…
par Almaterra
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La suite au prochain épisode








