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25 décembre 2009 5 25 /12 /décembre /2009 09:50
desproges.jpgPas de suspens pour vous en raison d'un titre plutôt évocateur mais grosse surprise pour moi en me rendant, il y a quelques jours, chez un boucher qui nous avait été conseillé et dont l'échoppe avait la bonne idée de se situer juste à l'orée de mon quartier.

Comme tous les moutons qui ne se respectent pas, j'ai l'habitude - la facilité devrais-je dire - d'aller faire mes courses en grande surface. On se gare. On remplit le caddy en commençant tout au fond de l'hypermarché par l'eau la moins chère qui change de place tous les mois. On redescend l'allée centrale en se laissant tenter par les têtes de gondole. On remplit le caddy jusqu'à la gueule. On entend le même bonjour, même intonation maquillée d'un enjouement sur-joué que les quatre précédents hypermarcheurs, de la caissière dont c'est inévitablement le premier jour. Achats sur le tapis. Caissière qui bippe. A un moment, faut lui expliquer qu'il voudrait deux piles alors qu'elle s'évertue à lui dire que c'est vendu par quatre parce que "y a pas de bip pour deux piles, y a un bip pour quatre piles". Je l'ai déjà expliqué à sa collègue la fois dernière mais, pour celle-là comme pour les précédentes, c'est son premier jour, alors faut tout débiter à nouveau. J'obtiens systématiquement gain de cause au prix d'explications maquillées d'un enjouement sur-joué, l'habitude. Enfin, comme c'est finalement assez stressant de répéter les mêmes choses, la prochaine fois j'enregistrerai l'argumentaire sur mon dictaphone. Retour des achats dans le caddy. Carte bleue qui vire au rouge. Mon compte bancaire sur le tapis. Mon banquier qui fait "bip". J'achète à manger et j'oublie découvert. "C'est sale" me dit le banquier qui continue à me faire "bip", "il ne faut pas oublier que dans ces conditions, vous mangez aujourd'hui avec demain !" Pousse caddy jusqu'à un caddy un poil plus sophistiqué avec volant, moteur et sièges rabattables. De caddy dans caddy. Consommateur, à l'étymologie tellement évidente, retour maison. De caddy à placard, frigo et frigidaire. Je ne sais pas pourquoi, je pense à Goldman "Je suis riche de ça mais ça ne s'achète pas". J'm'en fous !

Et puis, voilà que je me rends chez ce fameux boucher, histoire de casser la routine de la fièvre acheteuse à bas prix. J'entre en écartant des lanières de plastique verticales qui font guise de porte, à l'ancienne. Je me retrouve dans une pièce qui doit être à peu près de la dimension de ma chambre et dont le lit à angle droit serait rempli de viandes en torchon. C'est beau, c'est propre, ça m'évoque des souvenirs de jeunesse quand avec mon papa on allait le dimanche matin acheté la viande du repas familial. Je reste le groin collé contre la vitrine en bavant sans retenu. Je crois d'ailleurs que c'est pour cela qu'il y a une vitrine. Je suis en admiration béate devant de magnifiques boudins blancs truffés. Je repense à cette séquence de l'émission du "Petit Rapporteur" où Pierre Desproges et Daniel Prévost se battent à coup de boudin blanc à la veille de Noël. Ça aurait pu se passer juste à l'endroit où je suis. Même décorum, même ambiance, même boudins. Après réflexion, je me dis que, finalement, c'est suite à cette séquence télévisuelle multi-rediffusée qu'a été imposée dans les boucheries la vitrine entre le client et la viande, pour éviter les bagarres de bouffes, une autre madeleine issue, cette fois, de nos cantines d'antan.

J'admire le rigoureux ordonnancement de viande, puis, je passe de la tête de veau à la tête du boucher que je découvre pour la première fois. Et c'est à ce moment que j'entre dans la quatrième dimension. Il ne fait pas encore attention à moi. Il coupe délicatement sa viande. Il est habillé à l'ancienne avec son habit à petits carreaux bleus et blancs et son long tablier blanc sur le devant, délicatement ouvragé de trainées rouge sang. Rien de plus normal... sauf un léger petit détail, vous l'avez deviné : c'est le portrait craché de Pierre Desproges. Le temps suspend son vol alors que le boucher fait de même avec sa viande sur son esse. Puis il me parle. Pas la même voix. Pas les mêmes intonations. Y aurait pas eu de vitrine, je lui aurais lancé un boudin blanc dans la gueule, comme ça, par affection, en hommage à mon Pierrot que j'aime.

Je n'ai pas osé lui demander si on lui avait déjà dit qu'il ressemblait à Pierre Desproges. Il m'aurait assurément dit oui et le charme aurait été rompu. Ressembler n'est pas être. La quatrième dimension n'existe pas et le destin est ce qu'il est.

Le cours du temps reprend. Je suis devant mon boucher et je lui commande un chapon pour Noël qui a régalé, hier, mes invités. J'ai aussi pris du boudin blanc, que je mangerai seul tout à l'heure. Et je me régalerai comme jamais un sourire aux lèvres. Je repenserai à cette définition de Noël que j'avais mise en ligne sur mon blog en 2007 "Noël : Nom donné par les chrétiens à l'ensemble des festivités commémoratives de l'anniversaire de la naissance de Jésus-Christ, célèbre illusionniste palestinien de la première année du premier siècle pendant lui-même". Et puis sur la table tournera l'enregistrement de son spectacle de 86 sur mon dictaphone... à condition d'avoir le nombre de piles suffisant pour le faire fonctionner !!

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