Hon(n)i soit qui mal y pense
Les plus observateurs et assidus d'entre vous auront peut-être remarqué qu'au début du jeu, la phrase était "Honi soit qui mal y pense" (avec un "n") et que, suite à un mail de Skal, j'ai changé l'orthographe quelques heures plus tard en "Honni soit qui mal y pense", avec deux "n" cette fois.
Et là vous vous dîtes, "comment se fait-il que cet individu qui prétend vouloir revisiter le dictionnaire, certes à la sauce humoristique, n'ait qu'une notion approximative de l'orthographe d'un verbe aussi usuel que honnir qui, comme chacun le sait, veut dire désigner quelqu'un, quelque chose comme méprisable et condamnable en tant que transgressant une norme éthique ou une convenance ou s'y opposant ?" A ceci je répondrais que pour poser une telle question d'un seul tenant, vous devez avoir un fameux souffle et en raison de votre propension à l'apnée, je vous décerne les palmes macadémiques, et peut-être même le tuba.
C'est qu'à l'époque où cette phrase devient la devise de l'ordre de la Jarretière, au XIVème siècle, "honi" s'écrit avec un seul "n" que son origine provienne du verbe "hunir" qui signifie à l'époque "couvrir de honte publiquement, déshonorer" ou de l'allemand "haunjan" qui veut dire "humilier, abaisser".
Par contre, depuis, le verbe "honnir" s'écrit avec deux "n". Tout le monde avait donc raison et l'honneur est sauf !
Je précise toutefois à ceux qui ont à l'idée d'utiliser ce verbe qu'on ne dit pas "j'honnis…" mais "je honnis…".
Revenons aux origines de cette phrase, ma foi, forts savoureuses.
Selon ce site, c'est en 1347, au cours d'un bal que la Comtesse de Salisbury, maîtresse du roi d'Angleterre Edouard III, perdit lors d'une danse la jarretière bleue qui maintenait son bas. Edouard III s'empressa de la ramasser et de la lui rendre.
Devant les sourires entendus et railleurs de l'assemblée, le roi se serait écrié en français, alors langue officielle de la cour d'Angleterre : "Messieurs, honi soit qui mal y pense ! Ceux qui rient en ce moment seront un jour très honorés d'en porter une semblable, car ce ruban sera mis en tel honneur que les railleurs eux-mêmes le rechercheront avec empressement."
Dès le lendemain, le roi aurait institué l'Ordre très noble de la Jarretière (the most noble Order of the Garter), ordre de chevalerie qui reste aujourd'hui encore un des ordres les plus prestigieux dans le monde. Son emblème est une jarretière bleue sur fond or, sur laquelle est inscrite la devise "Honi soit qui mal y pense".
Ayant pour grand maître le roi d'Angleterre, cet ordre rassemblait à l'origine 13 compagnons. En 1805, le nombre de membres fut étendu à 25, qui se réunissent chaque 23 avril, jour de la saint George, dans la chapelle Saint George du château de Windsor.
Si vous souhaitez connaître d'autres origines médiévales de phrases célèbres, je vous propose également une petite visite sur cette page.
Pour finir, il est intéressant de noter qu'à l'époque le roi d'Angleterre parlait français et n'hésitait pas à se prévaloir d'une devise en français alors qu'aujourd'hui, le nôtre fait du "jogging" ou du "footing" et refuse la sacro-sainte "interview" du 14 juillet, la fête qui a coupé court à la monarchie, vous savez ceux qui parlaient français !