Heureusement, parfois, la lumière se faisait sur le paillasson "welcome", un signe qui déclenchait en moi le geste auguste et machinal du semeur de trouble qui sort de sa poche revolver une carte professionnelle ne laissant pas de rider les yeux scrutateurs de ses futurs interlocuteurs. Bien que devenu spécialiste de la détente armée de ma carte de commissaire, il m'arrivait de temps à autre de mal évaluer la distance carte-yeux ce qui provoquait un strabisme convergent qu'il ne fallait surtout pas confondre avec le regard fuyant de l'individu louche. La carte de nouveau en poche, je retirais du même endroit un stylo rouge et un petit carnet à spirales, prêt à jouer les Colombo du pauvre. L'expérience de toute une vie.
Au fur et à mesure que mon calepin se remplissait, je me rendais compte que cette enquête n'allait pas être aussi simple qu'il n'y paraissait au premier abord. Les avis récoltés allaient à l'encontre des informations que j'avais recueillies lors de la planque que je tenais depuis quelques semaines devant le domicile de celui qui se faisait appeler Almaterra. J'avais réussi à truffer son appartement de micros et de caméras et je m'étais même attiré les grâces de quelques complicités au sein de son entreprise.
A suivre…