Ne souhaitant pas me lancer à nouveau dans la lecture de la presse people et me retrouver dans la situation de la dernière fois (voir Chez le dentiste [Part I]), je me donne une contenance, le regard curieux de ce qui m'entoure, le sourcil froncé dans une pose digne du penseur de Rodin, l'air profond de celui qui est sur le point de découvrir d'un outil révolutionnaire, une version laser du fil à couper le beurre. Je regarde partout, même les endroits de moindre importance, ce parapluie qui n'arrête pas de pleuvoir sur le lino, cette jambe qui bat la mesure du silence avec une régularité étonnante, ce tableau moche qui représente un tableau moche, mais qui est toutefois un chef d'œuvre absolu comparé à la croûte qui trônera derrière le dentiste. Tout sauf se rappeler pourquoi je suis là.
Après m'être attaqué à la totalité des objets de la salle d'attente, la bien nommée, je jette un regard furtif sur la jeune fille qui me fait face juste au moment où elle en fait de même. Gêné, je file sans le vouloir sur son décolleté. Je me rends bien compte que la plupart de mes paires d'yeux restent figés sur les rondeurs appétissantes de la propriétaire du regard dont les éclairs de reproche me font relativiser mon mal de dent, une broutille comparé au malaise qui m'habite présentement. Je perds ma constance et mes moyens. Il me faut faire quelque chose. Il faut que je me reprenne. Et je finis par jeter mon dévolu sur le premier numéro people qui trouve mes doigts moites, un numéro spécial sur les stars qui se sont fait refaire les seins. Je sens bien que maintenant, tous les paires d'yeux de la salle d'attente ont quitté leurs objets insondables pour fusiller du regard l'obsédé sexuel de la pièce.
Décidément, la prochaine fois je n'oublierai surtout pas de prendre un bon livre.