Un blogueur qui aime jouer avec les mots, qui a une idée fixe depuis un petit moment, celle de créer un impossible dictionnaire à lui tout seul. Un petit peu mégalomane sur les bords, le blogueur. En même temps, perclus de doutes, il n'expose que parcimonieusement son "œuvre" à ses proches par peur de décevoir ceux qui ne lui connaissent pas cette facette, ceux qui ne jugeant qu'en façade sont à cent lieues d'imaginer le potentiel de conneries qu'il recèle. Un petit peu timide ou complètement con, le blogueur. Quand même un peu, faut être lucide !
Alors de temps en temps, histoire de lever le nez du guidon encycloconnerique, il jette sur la toile sa passion pour les artistes qu'il admire, les vrais, les atypiques, de ceux dont il se sent à la fois si proche et tellement éloigné, une preuve de leur grand talent. Parce qu'un égo-sans-trique est un branleur déçu, il aime à porter la lumière sur les auteurs, chanteurs et musiciens qui lui donnent de temps en temps une petite érection. Rien de sexuel à cela, juste une manifestation spontanée et physique de sa reconnaissance envers les gens de talents.
Tout cela n'explique pas pourquoi quand il se met enfin à parler de lui, il est atteint de Delonite. Rendons à César ce qui appartient à César et ne confondons pas. Des causes différentes peuvent produire les mêmes effets. Il est juste pudique. Ses conneries, ses mots et ses définitions, son blog ne sont que des lunettes de soleil lui permettant de rester caché en pleine lumière.
Et un jour, juste un jour, comme ça, la pudeur se vêt des habits de la fierté. Ce n'est pas la première fois. Qu'est-ce qu'il était fier quand François Corbier a accepté sa proposition, l'an dernier, d'organiser avec lui un concours de chansons flash. Qu'est-ce qu'il était fier quand il l'a rencontré pour la première fois. Et n'est-il pas fier un an après de toujours échanger des mails avec le barbu préféré des trentenaires, si on fait exception des trentenaires en short des jeunesses catholiques ?
C'est justement un mail qui est à l'origine de ces propos liminaires.
Il y a quelques jours, le 1er juin pour être précis, j'ai commis une dithyrambe dont l'objet était un homme épatant de 80 ans, grand précurseur de la musique électronique et trop peu connu du grand public à mon goût, j'ai nommé Jean-Jacques Perrey. Et c'est à ce moment de l'histoire qu'entre en scène l'effet boomerang sponsorisé par Facebook. Grâce à la fonction partage d'Overblog, le Monsieur a eu connaissance de l'article sur Facebook, donc, l'a lu et, très sympathiquement, m'a envoyé un mail dont le contenu m'a transporté de fierté, mail que je ne résiste pas de partager avec vous, j'espère qu'il ne m'en voudra pas :
"Cher monsieur,
Je tiens tout particulièrement à remercier David Frémery de nous avoir mis en contact, et vous remercier personnellement pour votre article qui est un modèle du genre !
Vous avez su déceler ce qui était essentiel et surtout mettre cet essentiel en valeur optimale.
Je veux vous exprimer toute ma reconnaissance et ma sincère gratitude pour votre gentillesse.
Très chaleureusement à vous, votre ami
Jean-Jacques Perrey."
(le texte en gras et souligné est d'origine, je le précise.)
Tellement content, vous l'avez remarqué, les yeux face au soleil, j'ai repris le "je". C'est que quand un homme de cette trempe vous écrit un mail comme celui-là, on se sent pousser la légitimité et la pudeur passe à un stade nouveau.
Je ne dirais qu'un mot "C-est-trop-la-classe !"
Depuis, je signe des autographes à ma femme et mon fils a subitement eu 18 ans avant-hier. J'ai même pas tenté un jeu de mot du genre "cette lettre c'est comme la fille de Jean-Jacques : Inès Perrey", rien. Scotché, petit nuage et overdose d'autosatisfaction. Même les gendarmes m'escortent jusqu'à la boulangerie maintenant, boulangerie dont le pain n'a jamais était aussi bon. Juste c'est un peu gênant, quand même, quand elle me file en douce son numéro de téléphone, la boulangère. J'ai rien contre les boulangères mais je préfère leurs éclairs à leur coups de foudre, j'y peux rien. On m'a même demandé de prendre la place de mon patron. Comme j'ai refusé, il a démissionné de désespoir, supposant que, si je ne voulais pas de son poste, c'est qu'il n'était plus digne d'intérêt. Je suis désolé. Et puis faudra dire à Nicolas qu'il arrête de m'envoyer des textos, c'est gonflant à la fin. Pour aller bosser, j'ai été obligé de troquer mon vélo pour un hélicoptère ; trop de monde sur les routes pour m'arrêter et prendre une photo avec moi. J'ai mal au poignet à force de signer des autographes. J'invente rien, hier encore, j'étais avec le poignet bandé. Ou alors, je ne suis plus égo-sans-trique, je ne sais plus ! J'arrive même plus à trouver une seule définition correcte pour mon dictionnaire. Un de mes avocats, je sais plus son nom, vient de m'apprendre que Larousse m'attaquait pour plagiat.
Stooooooooooppppppp !!!!!
Bon... Euh... Jean-Jacques, va falloir que vous fassiez un démenti, j'en peu plus ! Faut pas dire des choses comme ça, c'est pas bien ! C'est trop fort, trop intense ! Et puis, vous, les prochains artistes dont j'écrirai le plus grand bien dans ces colonnes, je vous interdis de venir lire l'article. Verboten ! C'est pas compliqué ! Pas lire article à Almaterra !! Non mais quand y faut, y faut, hein, chef ?!
Euh... J'ai glissé, chef ! J'sais pas ce qui m'a pris mais l'espace des deux derniers paragraphes, j'ai rechaussé mes lunettes noires. Il ne fait peut-être pas encore jour au moment où je martyrise mon clavier pour écrire ces mots mais y a pudeur pour ça !
Ou alors, ce sont les effets néfastes d'une de mes dernières rencontres artistiques. C'est que la semaine a été riche pour moi. Puisqu'après François Corbier dont il était question en préambule, j'ai eu l'accord cette semaine d'un autre chanteur qui a accepté le principe d'un nouveau concours qui sera mis en place d'ici quelques mois, le temps que nous puissions caler le tout.
Si c'est pas du teasing, ça, je ne m'y connais pas ?