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Dimanche 20 avril 2008
Le lendemain, je me retrouvais à atteindre morne l’ouverture d’une grille mal huilée en compagnie de ma chère femme et mon coûteux caddy. J’aime pas les courses. J’aime pas la foule. Je ne vous raconte pas l’état d’extase extrême qui m’étreignait en ce samedi de corvée familiale. Mais ma mine renfrognée avait une autre explication. La veille, j’avais tourné et retourné dans tous les sens le programme TV et, sauf erreur de ma part, aucune émission spéciale n’avait été envisagée pour se faire  l’écho des 20 ans de vide que nous venions de vivre. Pas que je sois esclave de la boîte à con mais je m’imaginais naïvement qu’un Desproges avait pour le commun du programmateur TV autant d’importance qu’un Cloclo. Aucune interview de desprogettes, aucun barracuda famélique mais peut-être me mélange-je les pinceaux par sombre désappointement. "On s‘était donné rendez-vous dans 20 ans !" me souffla Patrick Bruel.  "Je ne me rendrais jamais !" avait répondu mon Pierre. Le début d’une explication ? N’empêche qu’à force d’entendre à tout bout de champ "qu’on peut rire de tout mais pas avec n’importe qui", je m’étais mis dans l’esprit que l’hommage était inéluctable. Finalement, je l’ai senti passer un peu plus bas.

Bien que l’esprit du Saint Pierre ne m’avait jamais vraiment quitté - la preuve, c’est mon ami sur Myspace, alors… - je m’étais mis en condition pour cette semaine de putain d’anniversaire. J’avais ressorti la biographie que lui avait consacré Dominique Chabrol et que je n’avais pas rouvert depuis 1994. J’avais osé laisser une petite pensée sur le Myspace de "mon ami" et, après le boulot, vendredi, j’avais chaussé le casque pour écouter religieusement quelques réquisitoires du procureur à la robe austère au dessous de laquelle, je ne vous raconterai pas. Il paraît que France Inter organisait une journée spéciale mais la radio de mon grand-père avait rendu l‘âme depuis bien des années.

C’est donc bougon et mal luné que j’accueillis mollement la stridente élévation de la herse de l’hyper et l’inévitable bousculade qui s‘en suivit. Comme si les prix allaient être moins chers si on arrivait les premiers. Les cons ! J’avais bien comme une démangeaison de faire avancer les vétustes à coups de croquenot dans le croupion pour leur apprendre à grossir la liste des consommateurs le samedi matin alors qu’ils ont toute la semaine pour dépenser tranquillement leur retraite.  Mais l’envie n’y était pas. Et je me laissais pousser par le flot de mes misérablement semblables qui ne se doutaient pas du drame qui m'habitait.

Et puis l’illumination me cloua sur place ; une révélation sous fond de promotion sur les boites de petit-pois et les serviettes hygiéniques : Pierre Desproges est vivant !

J’ai aussitôt jeter le livre qui annonçait cette bonne nouvelle dans le fond de mon chariot à provisions. Pierre Desproges est vivant. Ces quatre mots réussirent à me redonner le sourire. Une pléiade d’artistes s’étaient retrouvés sous la houlette de François Rollin pour commettre cet hommage que je dévorerai une fois que j’aurai fini d’écrire ce petit texte. Mieux que ça. Je découvrais que deux des personnes que j’admire le plus figuraient dans le bouquin ; Alexandre Astier parlant de Pierre Desproges. Je dû me concentrer pour m’éviter la honte d’une érection subite. Car bien que l’état physique soit pratique pour pousser le caddy sans les mains, ma pudeur ne m’autorisait pas cette facilité. Pas facile redevenir mou, ne pouvant m’empêcher de me remémorer les noms magnifiques qui côtoyaient mes deux idoles : Alain Chabat, Jean-Louis Fournier, Luis Rego. Heureusement, le nom de Stéphane Guillon me remis respectivement les idées et la bite en place.

Qu’importe, j’avais retrouvé une humeur joyeuse. Même devant la tête bouledoguesque de la caissière, j’avais failli dire "Mademoiselle, je voudrais deux piles !" Mais ne m’attendant pas à une réponse alexandrine de la part de la lectrice de code-barres, je m’abstins.
 
 
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